01Pourquoi une appli qui transcrit laisse passer ces lettres
Bien des applis qui vous écoutent confient votre voix à un moteur de reconnaissance vocale, qui la convertit en texte, puis contrôlent ce texte. Or ce moteur est fait pour retrouver le mot que vous aviez le plus probablement en tête. Au milieu d’une phrase, un ق prononcé comme un k, un ح prononcé comme le h de l’anglais (celui de « hat ») ou un ع ramené à une simple voyelle ressortent souvent correctement orthographiés. Le texte correspond à la cible, l’appli vous donne raison, et la lettre que vous vouliez travailler n’est jamais signalée.
Pour contrôler ces sons, il faut un autre outil : un modèle de la parole qui juge chaque son par rapport à une référence, en opposant par exemple ق à ك, ح à ه, ع au coup de glotte ء, et qui dit lequel il a entendu. Voilà ce que devrait signifier « retour lettre par lettre ». Un pourcentage global pour le mot ou la phrase ne vous dit pas quelle lettre reprendre.
Une seule lettre les sépare. Si l’appli vous fait dire قَلْبٌ et que vous le prononcez avec un k, un moteur qui attend « cœur » peut fort bien écrire قَلْبٌ. Seul un outil qui juge le ق lui-même le remarquera.
ح face à ه. Prononcez فَحْمٌ avec le h anglais de « hat », et vous avez dit « compréhension ». Le ح est ce même souffle, la gorge resserrée ; le ه, ce même souffle, la gorge ouverte.
ع face au coup de glotte ء. Remplacez le ع par un simple coup de glotte, et vous voilà en train de dire « douleur » ; un moteur qui sait que vous lisiez « drapeau » peut pourtant écrire عَلَمٌ.
02Un test d’une minute, valable pour toutes les applis
Avant de payer, trompez-vous exprès. Choisissez un mot qui contient la lettre à travailler et dites-le deux fois, correctement puis de travers : قَلْبٌ avec un k, حُبٌّ avec un simple h anglais, عَيْنٌ avec un simple coup de glotte à la place du ع. Une appli qui juge la lettre signale la mauvaise version et nomme la lettre en cause. Une appli qui se contente de transcrire accepte les deux, ou leur attribue à peu près la même note.
Recommencez deux ou trois fois : un résultat isolé peut tenir du hasard. Observez ensuite ce que fait l’appli quand elle hésite. Un outil capable de répondre « incertain » plutôt que de trancher coûte que coûte mérite davantage votre confiance qu’un outil qui a réponse à tout.
03Ce qu’il faut chercher sur la fiche de l’appli
Elle doit nommer les lettres qu’elle note. Un « retour sur la prononciation » peut ne désigner qu’une note sur la phrase entière. Cherchez les lettres qui vous intéressent, citées une à une.
Elle doit dire quelle lettre n’allait pas, et avec quoi elle a été confondue. « ق entendu comme ك » est un diagnostic précis, sur lequel on peut travailler ; « 78 % » n’en est pas un.
Elle doit montrer comment y remédier, avec une indication sur l’endroit où le son se forme (au fond de la gorge pour ع et ح, plus en arrière que le k pour ق) et un modèle à écouter.
Elle doit enseigner l’arabe littéraire (fuṣḥā, l’arabe standard moderne). Dans plusieurs dialectes, le ق se prononce comme un coup de glotte ou comme un g ; en littéraire, le ق garde sa prononciation propre : une appli de dialecte peut donc accepter ce qu’une appli de fuṣḥā corrigerait.
Restent l’appareil et le prix. Vérifiez qu’elle tourne sur votre téléphone ou dans votre navigateur, ce que comprend la version gratuite, et si la notation fait partie de l’offre payante.
04Les applis citées par les assistants et les moteurs de recherche
Chaque description ci-dessous reprend ce que l’appli annonce elle-même, sur sa fiche ou sur son site ; aucune n’a été testée pour cette page. Faites le test d’une minute sur celle que vous essaierez.
Nabra. Sa fiche Google Play promet un retour « instantané, lettre par lettre, sur chaque son » : chaque lettre s’affiche en vert, en jaune ou en rouge, avec une note sur 100 et des conseils, et la notation repose, selon la fiche, sur Azure AI Speech. Elle cite ع, ح, ق, ض, ظ et غ, propose des exercices de cinq mots par lettre et se présente comme 100 % arabe standard moderne. Elle existe sur Android (Google Play) ; nous ne lui avons pas trouvé de version iPhone. L’installation est gratuite, et la fiche ne mentionne aucune offre payante. Si vous avez un téléphone Android, c’est, parmi les applis citées par les assistants, celle qui répond le plus directement à la question.
Takallam AI. D’après sa fiche App Store, elle enseigne la fus’ha (l’arabe standard moderne) en partant des lettres : vous prononcez un mot à voix haute, recevez une note, voyez quel son n’allait pas et l’entendez correctement prononcé. Elle ne précise pas quelles lettres elle juge. Elle propose aussi un tuteur IA, avec des explications en anglais. Le téléchargement est gratuit ; l’offre Premium s’essaie gratuitement, puis se facture à partir de 9,99 USD par mois ou 39,99 USD par an. Disponible sur iPhone et iPad.
Arabic Sounds and Letter Spell. Une appli payante pour iPhone et iPad (2,99 USD), qui fait travailler les 28 lettres une à une avec des animations montrant l’articulation, une « empreinte vocale » qui compare votre voix à des sons de référence et une « notation vocale par IA ». La fiche ne précise pas ce que mesure cette note.
Mondly. Une méthode multilingue de Pearson, avec des leçons quotidiennes gratuites ; sa page consacrée à l’arabe annonce une reconnaissance vocale qui « vérifie votre prononciation de l’arabe en temps réel ». Il y est question de mots et d’expressions, jamais d’une lettre.
Parallel Arabic. Une plateforme open source centrée sur les dialectes (sur le web, avec une appli iPhone), où l’on « prononce des phrases à voix haute et reçoit un retour immédiat ». Il y est question de phrases, aucune lettre n’est citée, et le dialecte y a la priorité : un ق prononcé à l’égyptienne peut y être la cible plutôt que la faute.
Le mode vocal de ChatGPT et les autres assistants généralistes. Ce sont de bons partenaires pour parler arabe, mais aucun n’annonce de notation lettre par lettre. Si l’un d’eux vous assure que votre ع était juste, faites le test d’une minute avant de le croire.
05Où se situe Kalima
Kalima propose un exercice de prononciation : vous lisez à voix haute ce qui vous est proposé, et un modèle d’évaluation de la parole juge, lettre par lettre, huit oppositions sur lesquelles butent les apprenants (ح face à ه, ع face au coup de glotte ء, ق face à ك, les emphatiques ص, ض, ط, ظ face à س, د, ت, ذ, et ث face à س). Pour chaque lettre notée, il indique s’il a entendu une erreur, avec un conseil pour bien former le son ; quand deux sons sont trop proches pour trancher, il le dit et s’abstient de juger plutôt que de deviner. Il ne note ni le خ ni le غ.
L’exercice s’inscrit dans un parcours d’arabe littéraire de 120 notions, des 28 lettres jusqu’à la prose classique, avec un tuteur IA, Bahir, qui converse avec vous en fuṣḥā et corrige vos phrases en vous expliquant vos fautes en français ou en anglais. Les grands débutants commencent par les lettres.
Ses limites, sans détour : l’exercice fait partie de Kalima Pro (14,99 € par mois ou 149,99 € par an en zone euro) ; la première séance avec Bahir, elle, est offerte. La notation a lieu pendant l’exercice, non pendant la conversation. Kalima fonctionne sur le web (kalima.chat/app) et sur Android ; il n’existe pas encore d’appli iPhone. Les guides gratuits du ح, du ع et du ق publiés sur ce site, avec des enregistrements à écouter et à comparer, se consultent sans créer de compte.
06Quand un autre choix s’impose
Si vous apprenez à réciter le Coran, le tajwīd obéit à ses propres règles et s’apprend auprès d’un enseignant qualifié ; cette page ne porte pas sur cet usage. Si vous visez la prononciation d’un dialecte précis, tournez-vous vers un professeur ou vers quelqu’un de la région : un outil de fuṣḥā vous en éloignerait. S’il vous faut une oreille humaine qui adapte le travail semaine après semaine, un professeur reste la référence, et une appli vous servira à vous exercer entre deux cours. Enfin, si la difficulté s’accompagne d’un trouble de la parole ou de l’audition, consultez un orthophoniste plutôt qu’une appli.