01Ce que ChatGPT fait bien en arabe
Peut-on apprendre l’arabe avec ChatGPT ? Pour s’exercer, sans conteste. Il converse sur tous les sujets au niveau que vous lui fixez, reprend une phrase que vous avez écrite en vous montrant ce qui cloche, vous réexplique en français un point de grammaire autant de fois qu’il le faut, rédige de petits textes et des questions sur le thème de votre choix, et vocalise intégralement l’arabe si vous le lui demandez. En mode vocal (ChatGPT Voice), vous lui parlez et il vous répond de vive voix. La page d’aide d’OpenAI indique un accès restreint au mode vocal dans l’offre gratuite, et jusqu’à trois heures par période glissante de 24 heures dans les offres Go et Plus ; ces plafonds peuvent évoluer.
Pour qui déchiffre déjà l’alphabet et possède quelques bases de grammaire, cela couvre l’essentiel d’une pratique quotidienne, pour bien moins cher qu’un cours par jour. Encore faut-il poser les règles au début de chaque séance.
Le type de question ouverte qu’un bon partenaire de conversation devrait vous poser, en littéraire, adressée à un homme (à une femme : فَعَلْتِ). Demandez-lui ce genre de questions, une à la fois, plutôt que de longs monologues.
02Une consigne à copier
Collez ce texte au début de chaque séance, en indiquant votre niveau : « Sois mon partenaire de conversation en arabe. Emploie uniquement l’arabe littéraire (fuṣḥā, arabe standard moderne), jamais un dialecte, niveau [débutant / intermédiaire]. Vocalise tout l’arabe que tu écris. Pose-moi une seule question courte à la fois. Après chacune de mes réponses, donne-moi la phrase corrigée, explique chaque faute en une ligne, en français, puis poursuis. À la fin, dresse la liste des fautes que j’ai répétées. »
Gardez cette liste de fin de séance et collez-la au début de la suivante, suivie de « Commence par m’interroger là-dessus ». Ce petit rituel donne au chatbot une mémoire de vos points faibles, qu’il ne tiendrait pas à jour de lui-même.
Une bonne correction ressemble à l’exemple ci-dessous : votre phrase, la phrase rectifiée et la raison, en une ligne. Si vous n’obtenez que la phrase rectifiée, demandez-lui la raison ; si elle vous paraît douteuse, vérifiez-la dans une grammaire.
Faute typique du débutant : هَذِهِ كِتَابٌ. Une bonne correction en donne la raison : كِتَابٌ est masculin et appelle donc هَذَا, et non le féminin هَذِهِ.
03Ce qu’un chatbot généraliste ne vous apporte pas
Il ne vous impose aucun programme et ne tient aucun suivi, à moins que vous ne vous en chargiez. ChatGPT répond à vos demandes. Il ne choisit pas ce que vous devriez apprendre ensuite et ne vérifie pas que la leçon de la semaine dernière est acquise, sauf si vous organisez cela vous-même, à l’aide de la table des matières d’un manuel, de votre liste de fautes ou d’une consigne qui le lui demande.
Il peut changer de registre en cours de route. Si vous ne le précisez pas, ses réponses risquent de mêler des mots familiers, de vous suivre dans un dialecte si vous en employez un, ou de repasser au français. Préciser « arabe littéraire » dans la consigne règle l’essentiel du problème ; rappelez-le à chaque nouvelle conversation.
Il n’est pas fait pour juger chaque son. OpenAI présente ChatGPT Voice comme un outil de conversation naturelle ; son mode Standard transcrit vos paroles avant de répondre, et OpenAI prévient que ces transcriptions ne sont pas fidèles mot pour mot. Un système conçu pour vous comprendre cherche le mot que vous vouliez dire : un ح prononcé comme un ه, ou un ق comme un ك, peut passer sans la moindre remarque.
Il ne vocalise que si vous le lui demandez. L’arabe imprimé omet le plus souvent les voyelles brèves, et les réponses d’un chatbot peuvent en faire autant. Exigez la vocalisation complète, et vérifiez tout mot qui compte : une voyelle mal placée peut changer le sens.
Il n’a pas le jugement d’un humain. La page d’aide d’OpenAI le rappelle elle-même : ChatGPT peut se tromper, et c’est à vous de vérifier. Un professeur, lui, vous entend, remarque ce que vous évitez de dire, vous signale une erreur même quand aucune règle ne l’explique, et ajuste la séance suivante en conséquence.
Mêmes lettres, autres voyelles, autre sens. Sans voyelles, c’est le contexte qui tranche ; avec de mauvaises voyelles, vous apprenez un mot qui n’est pas le bon.
04Chatbot, appli spécialisée ou professeur en ligne ?
Un chatbot généraliste comme ChatGPT est la solution la plus souple, et en général la moins chère. Il convient si vous lisez déjà l’arabe, savez à peu près ce qu’il vous faut travailler et voulez converser et être corrigé à la demande. La structure, le choix du registre et les vérifications restent à votre charge.
Dans une appli spécialisée, l’ordre des leçons, les révisions et souvent les exercices de prononciation ont déjà été conçus par d’autres. Avant de payer, vérifiez trois points sur son propre site : parle-t-elle expressément d’arabe littéraire (arabe standard moderne), nomme-t-elle les sons qu’elle évalue réellement plutôt qu’un vague « retour sur la prononciation », et commence-t-elle par l’alphabet si vous ne lisez pas encore ?
Un professeur en ligne apporte un jugement humain : quelqu’un qui vous écoute, vous impose un rythme et peut lire un texte avec vous, ligne à ligne. Vous payez à la séance, et une séance quotidienne revient vite cher. Ces solutions se combinent bien : un chatbot ou une appli pour la pratique de tous les jours, un professeur une fois par semaine ou par mois pour garder le cap.
05Où se situe Kalima
Kalima est une appli consacrée à l’arabe littéraire (fuṣḥā, l’arabe standard moderne), dont le tuteur IA, Bahir, donne ses explications en français ou en anglais. Elle prend en charge ce qu’un chatbot généraliste vous laisserait organiser vous-même. Elle n’enseigne que le littéraire, par principe : un mot de dialecte glissé dans votre phrase est corrigé en fuṣḥā, et Bahir répond dans un arabe entièrement vocalisé. Le parcours compte 120 notions réparties en cinq étapes, des 28 lettres jusqu’à la lecture de prose classique non vocalisée (l’arabe classique couvre aussi l’arabe moderne), et une notion n’est tenue pour acquise qu’une fois que vous l’avez réemployée correctement, dans une phrase de votre cru, un autre jour. Chaque faute donne lieu à une fiche de correction : la phrase corrigée, l’explication en français ou en anglais, et d’autres tournures possibles.
Kalima couvre aussi deux terrains qu’une conversation avec un chatbot laisse de côté. D’abord un exercice de prononciation (Kalima Pro), où un évaluateur vocal spécialisé juge lettre par lettre les oppositions sur lesquelles butent les apprenants, à savoir ص/س, ض/د, ط/ت, ظ/ذ, ح/ه, ق/ك, ع face à la hamza (ء) et ث face à س. À chaque essai, il dit si le son est faux, juste ou douteux, et donne des conseils d’articulation. Seules ces oppositions sont notées. Ensuite la dictée sur papier : Bahir dit un mot ou une phrase, vous l’écrivez à la main, vous photographiez la feuille, et votre écriture est vérifiée. Kalima enseigne la langue ; la religion, elle, relève des savants qualifiés, pas d’une IA.
La première séance avec Bahir est gratuite, et tout ce qui n’a pas besoin d’IA (alphabet, fiches des lettres, carte du parcours, recherche dans le dictionnaire) reste gratuit. Kalima Pro coûte 14,99 € par mois ou 149,99 € par an en zone euro, dans la limite d’un usage raisonnable ; Kalima fonctionne sur le web, à kalima.chat/app, et sur Android. Ses explications ne sont données qu’en français et en anglais.
ChatGPT seul vous suffira si vous lisez couramment, connaissez vos lacunes, voulez simplement converser à la demande et n’avez pas besoin qu’on évalue votre prononciation. Mieux vaut un professeur s’il vous faut quelqu’un qui vous écoute, planifie avec vous et vous fait tenir le rythme, ou si vous préparez un examen devant un jury.