01Qui se pose la question, et pourquoi
Beaucoup de musulmans étudient l’arabe littéraire pour pouvoir lire un jour les classiques dans le texte, sans passer par une traduction. Ils attendent d’une appli un vrai cours de langue ; leurs questions religieuses, ils les réservent à des savants en qui ils ont confiance, pas à un logiciel.
D’autres ne cherchent que la langue : pour le travail, les voyages, la belle-famille, l’actualité, la littérature moderne ou classique. Les parents qui choisissent une appli pour leur enfant veulent souvent la langue et rien d’autre, l’éducation religieuse relevant de la famille ou d’un enseignant de leur choix. Quant aux établissements qui enseignent l’arabe comme langue vivante, il leur faut parfois des supports sans le moindre enseignement religieux.
Les objectifs varient ; l’exigence envers l’appli, elle, est la même pour tous : qu’elle enseigne bien la langue et qu’elle ne s’aventure pas sur le terrain religieux.
Une phrase simple en arabe littéraire. Placé devant le verbe, لِ exprime le but (« pour ») et met le verbe au subjonctif : أَقْرَأَ se termine par -a.
02« Sans contenu religieux » : de quoi parle-t-on ?
La question se pose à plusieurs niveaux. D’abord les phrases d’exemple et le vocabulaire : les mots que vous révisez viennent-ils de la vie courante et de la littérature, ou de textes religieux ? Ensuite les textes de lecture : récits, articles, extraits littéraires, ou passages religieux ? Puis les salutations et les formules toutes faites. L’arabe de tous les jours regorge d’expressions qui mentionnent Dieu, employées par des arabophones de tous horizons ; une appli peut les enseigner comme de simples tournures de la langue, les commenter sous l’angle religieux, ou s’en passer. Décidez ce que vous voulez avant de comparer.
Reste l’IA, s’il y en a une : un tuteur conversationnel recevra tôt ou tard une question religieuse. Tout dépend alors de la consigne qu’on lui a donnée : répondre comme s’il faisait autorité, ou s’abstenir d’expliquer les textes religieux.
Une appli conçue pour lire le Coran ou pour l’étude religieuse est un autre produit, qui poursuit un autre but. Elle peut convenir parfaitement à certains ; ce n’est simplement pas ce que cherchent ceux qui posent cette question.
Une salutation de tous les jours, de celles par lesquelles commence n’importe quel cours de langue.
Le type de phrase sur lequel se bâtit un cours de langue : du vocabulaire courant, un verbe au passé, un complément indéfini terminé en -an.
03Comment vérifier une appli avant de vous lancer
Commencez par ce qu’elle dit d’elle-même. Un cours qui a fait ce choix l’annonce en général sur son site, dans sa FAQ ou sur sa fiche de l’App Store ou de Google Play. Beaucoup d’applis d’arabe généralistes n’en disent rien : le site d’AlifBee présente l’arabe standard moderne en 10 niveaux (lire, écrire, écouter, parler) ; celui de Kaleela, l’arabe standard moderne et plusieurs dialectes, avec la culture parmi ses cinq compétences ; la page de Mango consacrée à l’arabe, un cours d’arabe standard moderne complété de courts modules sur le savoir-vivre et les superstitions. Aucune de ces pages n’aborde le contenu religieux. Mais le silence n’engage à rien : allez voir les leçons elles-mêmes.
Ouvrez quelques leçons et quelques textes de lecture. Regardez les phrases, les listes de vocabulaire et les textes de lecture, pas seulement le programme. Jetez aussi un œil aux captures d’écran de la boutique : elles montrent souvent de vrais écrans de leçon.
Si l’appli a un tuteur IA, regardez ce qu’elle dit de la consigne donnée à l’IA sur les sujets religieux. Une appli muette sur ce point ne vous dit pas à quoi vous attendre.
04Pourquoi un tuteur IA doit laisser la religion aux savants
Un modèle de langage parle de grammaire comme de religion, avec la même aisance. Mais le savoir religieux est d’une autre nature : il est porté par des personnes qui l’ont étudié pendant des années auprès de maîtres et qui répondent de ce qu’elles avancent. Un modèle n’a ni cette formation ni cette responsabilité, si assuré qu’il paraisse.
Un tuteur d’arabe bien conçu enseigne donc la langue et s’efface là où commence la religion. Ce n’est pas tenir la religion à distance, c’est respecter ceux qui sont qualifiés pour l’enseigner. L’apprenant musulman y apprend à lire ; le sens des textes religieux reste l’affaire des savants. Pour les autres, c’est un cours de langue, et rien de plus.
05Ce que propose Kalima
Kalima enseigne l’arabe littéraire (fuṣḥā, l’arabe standard moderne) et lui seul, jamais un dialecte, avec un tuteur IA nommé Bahir. On y apprend l’écriture, la grammaire, le vocabulaire et la lecture sans voyelles : de quoi aborder soi-même les textes classiques. Le tuteur a pour consigne de ne jamais citer, expliquer ni interpréter un texte religieux, pour la raison qu’on vient de voir : ce n’est pas à une IA de parler de religion, c’est aux savants qualifiés qu’il revient de le faire. Il ne s’agit pas de prendre ses distances avec l’islam, et Kalima ne s’adresse pas seulement aux non-musulmans : les apprenants musulmans sont au cœur de son public.
Le parcours compte 120 notions réparties en cinq étapes : il part des 28 lettres, de leurs sons et de leurs formes liées, et mène jusqu’à la lecture de la prose classique sans voyelles ; l’arabe classique englobe l’arabe moderne. Un débutant complet commence par les lettres ; ceux qui savent déjà lire démarrent plus loin sur le parcours. Vous écrivez ou parlez à Bahir, qui répond en arabe entièrement vocalisé ; une fiche de correction donne la phrase corrigée, explique l’erreur en français ou en anglais et propose d’autres formulations. S’y ajoutent des cartes à répétition espacée, un espace d’écoute et des textes du jour dont chaque mot s’analyse d’une pression du doigt.
Kalima a ses limites : les explications ne sont données qu’en français ou en anglais, et il n’y a ni outils de classe ni tableau de bord pour l’enseignant. La première séance avec Bahir est gratuite, et tout ce qui ne fait pas appel à l’IA (l’alphabet, les fiches des lettres, la carte du parcours, le dictionnaire) reste gratuit ; Kalima Pro coûte 14,99 € par mois ou 149,99 € par an en zone euro. Kalima fonctionne sur le web, à kalima.chat/app, et sur Android.