01Arabe classique, arabe littéraire : une seule langue
On appelle arabe classique la langue écrite des premiers siècles, celle de la grande prose et de la poésie. L’arabe littéraire moderne, celui des livres et de la presse, en est le prolongement direct : même écriture, mêmes bases grammaticales, mêmes désinences casuelles. Les différences portent surtout sur le vocabulaire et le style. En arabe, les deux portent le même nom, fuṣḥā ; en français, « classique » et « littéraire » désignent souvent la même chose. Inutile de choisir : on apprend la fuṣḥā, puis on remonte le temps.
Un dialecte est une autre affaire. L’arabe parlé au Caire ou à Casablanca a perdu les désinences et une bonne part de la grammaire dont la prose classique a besoin : il ne mène pas vers ces textes.
02Étape 1 : l’écriture, toutes voyelles notées
Commencez par les 28 lettres, leurs sons, la façon dont la plupart se lient à la suivante en changeant de forme, et les signes toujours notés dans un texte pour débutants : les trois voyelles brèves, le soukoun, la chadda qui redouble une consonne et le tanwīn des finales -oun, -an, -in. À ce stade, ne lisez que des textes entièrement vocalisés, et lisez-les à voix haute.
Vous pouvez passer à la suite quand vous lisez une phrase vocalisée d’une traite, sans buter sur les lettres, même si certains mots vous échappent encore.
03Étape 2 : le naḥw, la grammaire de la phrase
Le naḥw explique les désinences des mots. L’ordre classique, toujours suivi dans l’enseignement, est celui de l’Ājurrūmiyya, un court manuel du grammairien marocain Ibn Ājurrūm, mort en 1324 : les trois catégories de mots (nom, verbe, particule), les désinences qui marquent le cas et le mode (iʿrāb), puis les règles qui déterminent le mode de l’inaccompli, enfin la fonction des noms au nominatif, à l’accusatif et au génitif.
Dans la prose classique, les désinences portent le sens : l’ordre des mots est plus libre qu’en français, et c’est la finale qui dit qui fait quoi. Voilà pourquoi le naḥw passe avant les lectures plus longues. L’étape est acquise quand vous savez justifier la finale de chaque mot d’une phrase vocalisée.
ar-rijālou arbaʿatoun : une phrase nominale, un sujet et ce qu’on en dit, tous deux au nominatif, en -ou. Le naḥw vous permet de prévoir ces finales avant même que vous les voyiez.
04Étape 3 : le ṣarf, la forme des mots
La plupart des mots arabes naissent d’une racine de trois consonnes coulée dans un schème. Le ṣarf enseigne ces schèmes : les dix formes verbales courantes et ce que chacune ajoute à la racine (faire faire, chercher à obtenir, devenir), les participes actif et passif, le nom verbal, les noms de lieu et d’instrument, et la manière dont les lettres faibles و et ي déforment les schèmes.
C’est le ṣarf qui rend un dictionnaire classique utilisable, puisque les grands dictionnaires sont classés par racine, et qui permet de lire un mot jamais rencontré. L’étape est acquise quand vous savez dégager la racine et la forme d’un mot nouveau, puis le trouver au dictionnaire.
Une racine, ع ل م, trois formes. La forme II, ʿallama, avec sa deuxième consonne redoublée, veut dire « faire savoir » ; la forme V, taʿallama, « arriver à savoir ». Dans les textes imprimés, la chadda disparaît le plus souvent : c’est le contexte qui indique la forme.
05Étape 4 : le vocabulaire de la prose que vous souhaitez lire
La prose classique emploie des mots dont la presse se passe, et donne à certains mots courants des sens plus anciens. Apprenez-les en situation plutôt que dans des listes : d’abord les proverbes et les maximes, courts et denses, puis les anecdotes, les fables, les récits de voyage et l’histoire, qui vous habituent à lire plus longtemps.
Cherchez chaque mot nouveau par sa racine et retenez le sens qui convient dans la phrase, pas seulement la première traduction proposée. Un mot rencontré avec ses voyelles dans un texte compris, vous le lirez plus tard sans elles.
06Étape 5 : moins de voyelles, puis plus du tout
Les livres classiques s’impriment avec peu de voyelles, voire aucune. Les lire, c’est reconnaître les mots connus, déduire de son schème les voyelles d’un mot nouveau et prévoir chaque finale d’après la construction de la phrase. Le naḥw et le ṣarf font le travail : les voyelles n’étaient qu’un échafaudage.
Lisez d’abord un texte vocalisé, puis le même texte nu, et vérifiez votre lecture sur la version vocalisée. Passez ensuite à des textes que vous n’avez jamais vus avec leurs voyelles.
07Étape 6 : la balāgha, les procédés de style
La balāgha, la rhétorique arabe, étudie les choix que fait l’auteur parmi tous ceux que la grammaire autorise : la comparaison et la métaphore, la métonymie, l’antithèse, la prose rimée appelée sajʿ, le sens qu’on donne à un mot en le plaçant en tête. Elle vient en dernier parce qu’elle s’appuie sur tout le reste, et c’est elle qui fait passer du déchiffrage de la prose classique au plaisir de la lire.
08Essayez : une phrase d’al-Khalīl ibn Aḥmad
Al-Khalīl ibn Aḥmad, grammairien de Bassora au VIIIᵉ siècle et auteur du premier dictionnaire arabe, est cité par Ibn Qutayba dans les ʿUyūn al-Akhbār pour une maxime sur les quatre sortes d’hommes. En voici le début tel qu’il apparaît dans les livres, puis dans une version vocalisée ; viennent ensuite deux mots dont la lecture exige le naḥw et le ṣarf.
Tel qu’on l’imprime : ni voyelles ni chadda.
ar-rijālou arbaʿatoun : rajouloun yadrī wa-yadrī annahou yadrī fa-saloūhou. فسلوه, c’est le verbe سأل, « demander », à l’impératif, privé de sa hamza comme souvent avec ce verbe, suivi du pronom -hou, « le ».
fa-dhālika moustarchidoun fa-ʿallimoūhou : moustarchid est le participe de la forme X de ر ش د, la forme de la recherche, d’où « celui qui cherche la bonne voie » ; ʿallimoū est la forme II de ع ل م, « enseigner ». Imprimés sans voyelles, les deux se lisent grâce à leur schème et au sens.
09Combien de temps faut-il ? Une réponse franche
Le Foreign Service Institute, qui forme les diplomates américains, range l’arabe parmi les langues les plus longues à apprendre pour un anglophone : environ 88 semaines d’études à plein temps pour atteindre un niveau professionnel. Lire la prose classique est un objectif plus ciblé que de savoir parler, mais plus exigeant en grammaire. Comptez donc en années de travail régulier plutôt qu’en mois, et mesurez vos progrès aux textes que vous savez lire, pas aux jours passés à étudier.
Un professeur accélère chaque étape. Vous pouvez aussi progresser seul, à condition de faire vérifier vos phrases : une faute de désinence que personne ne corrige devient vite une habitude.
010Ce que Kalima vous propose
Kalima suit cet ordre. Son parcours compte cinq étapes : il commence par les lettres et s’achève au sommet, où l’objectif est de prendre plaisir à lire la prose classique. À l’étape précédente, vous apprenez à lire sans voyelles. Le naḥw y suit l’Ājurrūmiyya, le ṣarf couvre les dix formes verbales et les schèmes des noms dérivés, et la balāgha clôt le parcours avec dix figures, de la comparaison à l’emploi expressif de l’ordre des mots.
Au sommet, vous lisez 16 textes classiques imprimés sans voyelles, signés Ibn al-Muqaffaʿ (Kalīla wa-Dimna, al-Adab al-Ṣaghīr), Ibn Qutayba (ʿUyūn al-Akhbār), al-Maydānī (Majmaʿ al-Amthāl) et Ibn Khaldūn (la Muqaddima), chacun avec sa traduction et ses mots rares expliqués. Tout au long du parcours, vous écrivez et prononcez vos propres phrases, un tuteur IA les corrige en indiquant la règle, et une notion ne compte comme acquise qu’après une seconde réussite, un autre jour.
Kalima enseigne la langue et laisse les questions religieuses aux savants qualifiés : elle vous apprend l’arabe dans lequel sont écrits les livres classiques, et les textes religieux eux-mêmes se lisent avec un enseignant. La première séance est gratuite, et tout ce qui ne nécessite pas d’IA reste gratuit.